MARINE PENSE
POUR LA PREMIERE FOIS
« Tnuanadnêtnou, na ?
-Quoi ?
Il relève le bec pour se rendre intelligible.
« Tu as la tête où là ?
-Excuse Seb, mais tu vois là… je ne sais pas si…
-Tu ne sais pas si quoi ?
Il a œil bizarre, qui demande en substance : « t’es sûre que c’est le moment de parler ? ».
-Rien.
Il reprend le fil de ses occupations. Mais en fait, je ne sens rien, je pense à autre chose : il ne serait pas trop pressé pour être franc ?
-Seb ?
-Quoi encore ? Tu ne vois pas que je suis occupé ?
-Justement.
-Justement quoi ?
-Tu sais, tros mois ce n’est pas tant…. On ne se connaît pas beaucoup, finalement…
-Quoi ? répète-t-il, lentement.
Il plisse les yeux : il doit voir où je veux en venir.
-Alors je pense que… peut être… nous allons trop vite….
Cette fois il arrête complètement. Il a de la bave jusqu’au nez.
-Tu as peur ? Parce que ça expliquerait pourquoi j’ai l’impression de sucer une glace par le cornet, depuis vingt minutes…
-Non, je n’est pas peur, mais peut-être que…
- Tu n’as pas envie alors ?
-Mais si, ce n’est pas le problème, il faut juste…
-Alors on le fait.
Il se remet au boulot. Je me demande si les préliminaires sont toujours aussi longs et suivis d’aussi peu d’effets…. Pas le moindre signe d’excitation à l’horizon, je cogite trop. Et si je m’étais donnée trop facilement ?
-Seb ?
Derrière ma coupe à l’iroquois, je le vois fermer les yeux, et sa poitrine se soulever sous l’effet d’une profonde inspiration agacée, qu’il me recrache doucement sur les lèvres…. Ça fait drôle de soupirer là ! Mais en fait, chacune de ses réactions m’angoisse un peu plus.
« Seb…il…. Il faut me comprendre aussi… je te sens impatient, et la précipitation….
-Je ne me précipite pas. Tu rigolais bien tout à l’heure… tu as vu dans l’état qu’on s’est mis tous les deux ? Alors maintenant, j’essaie de faire correctement ce que j’ai à faire, mais je ne peux pas y arriver si tu es tendue. Si tu veux, on arrête.
-Non non, tu as raison, j’en ai envie, on le fait. Vas-y.
-Tu en sûre, certaine ?
-Oui, j’en suis sûre.
Je repose ma tête sur l’oreiller. Nue comme un ver, les couvertures rejetées en boule au bout du lit, j’ai un peu froid. Seb, lui, a l’air plutôt à son aise, allongé à plat ventre entre mes jambes écartées.
Il reprend, mais cette fois, ses mains se promènent sur moi, et ce contact me fait sursauter.
-Ca ne va pas, Marine ?
En fait, il dit davantage cela sur le ton du constat que de la question.
-Tu trouves qu’on s’aime ?
Là, il est un peu perdu.
-Euh… je crois. En tout cas moi oui, je t’aime.
-Et moi ?
Une tête longue comme ça.
-Toi ? Mais j’en sais rien ! Dis ? Tu m’aimes ? Je veux dire…
Il a un air ahuri. D’un geste de la main, il montre la chambre, le lit, puis désigne son propre torse.
-Tu sais, je ne peux pas faire l’amour avec quelqu’un que je n’aime pas. Tu comprends ?
C’est de pire en pire, sur sa tête. C’est alors que je comprends qu’il est en train de se méprendre sur mes paroles. Je viens de jeter un sérieux doute sur la situation.
« Non ! Je veux dire, je t’aime bien sûr ! Donc… ben alors rien. Non. Vas-y… continue… excuse.
Un peu prise de court par mon propre raisonnement, je m’enfonce une nouvelle fois dans les coussins. Avec la tête du type qui vous soupçonne d’être folle, il reprend son activité, toujours à la recherche d’un sens à notre conversation.
Je décide de me concentrer sur ce qu’il me fait.
Au même moment, je commence à sentir plus nettement ses caresses buccales… Moins de deux minutes après, une espèce de chatouillis me parcourt le bas-ventre au pas de charge. Puis un autre, et encore un autre, à chaque fois plus forts, et à chaque fois, j’en frémis. Au cinquième, je comprends que c’est vraiment Seb qui me fait ça. Baissant les yeux vers lui, je le vois se fendre d’un sourire d’une oreille à l’autre.
Oh, il était fort celui-là ! Incapable de maîtriser ces frissons perturbants, je lui empoigne la tête pour le dégager. Cela ne lui ôte pas son plaisir. Au contraire, il semble avoir compris quelque chose, qui m’échappe, comme s’il avait reçu un signal. Tout sourire, il ouvre le tiroir de la table de nuit et se met à fouiller à l’intérieur.
Comme il s’est redressé sur les genoux, mes yeux tombent tout de suite sur son sexe, brandi comme un poing. Le voir si excité me panique.
-Seb ? Qu’est-ce que tu fais ?
Son sourire s’agrandit, et sans me répondre, il sort une petite boite en plastique du tiroir. Des préservatifs ! Dans deux secondes on va LE faire !
« Seb, écoute….
Il s’acharne sur la boite trop bien fermée et ne m’écoute que d’une oreille distraite.
« Tu ne trouves pas que je suis une fille facile ?
Il lève la tête, les sourcils dubitatifs, les mains toujours aux prises avec le bout de scotch.
« Je veux dire… tu ne trouvera pas que je suis une… salope ?
Il arrête de triturer la boite, et répond d’une voix lente :
-Bien sûr que non. Pourquoi est-ce que tu te poses ces questions ?
-Ben, je ne sais pas…. C’est important une première fois, non ? Je ne voudrais pas louper ça…
-« Louper ça » ? Qu’est-ce que tu entends par « louper » ?
Il pose la boite, et s’assoit à côté de moi. Il sent terriblement bon. Une odeur forte, humide. Il porte distraitement une main à son membre pour soulager sa raideur. Je reprends :
-Il ne faut pas faire ça n’importe comment, avec n’importe qui…
Sa voix monte dans les aigus :
-Je suis n’importe qui moi ?
-Non, je t’adore, je ne voudrais pas le faire avec quelqu’un d’autre ! Mais c’est toi, il faut que tu… enfin que tu…
-Je t’aime Marine. J’ai envie de te faire l’amour pace que je t’aime et que je te désire, je ne me pose pas tant de questions.
-Justement, ça doit être un acte réfléchi. Avoir envie, ça ne suffit pas, non ?
-Tu me le demandes ? Je pense que si, ça suffit, si on est deux à avoir envie ; et si on s’aime, qu’est-ce que tu voudrais de plus ?
-Oui… mais tu ne m’aimes pas que pour ça ?
Son dos se voûte, ses rougeurs refluent, et son sexe courbe le museau. Sa voix est blanche, attristée :
-C’est ce que tu penses, que tu es mon trou ?
-Non, je m’assure du contraire.
Les bras lui en tombent, et ses yeux tentent de suivre le fil de mes pensées. Des yeux marrons, un peu dorés, dans un visage doux et régulier. Mais pour l’instant, ils dégagent surtout une forte inquiétude. Ca me fait monter un de ces élans de tendresse… ! La même émotion qui m’habitait avant que toutes ces questions ne me passent par la tête.
Bon, c’est vrai, après trois mois de fréquentation… quand même…. on pourrait….
J’ai juste trop peur de rater ma première fois… les copines en font tout un plat ! Une telle était tellement ivre qu’elle ne se souvient de rien, une autre s’est fait avoir et a été plaquée dans la minute suivante, telle autre n’a même rien vu, rien senti… non, je ne voudrais pas que ça reste un mauvais souvenir…
Seb est maintenant allongé à côté de moi, avec l’air de se demander s’il vaut mieux qu’il se rhabille ou pas. Il ne me force pas la main, c’est bon signe. Je diras même qu’il pourrait insister un peu plus…
Brusquement, l’aspect de sa peau, son grain, sa couleur, encore un peu rosie, me saute aux yeux, comme si je la voyais pour la première fois. Lisse, d’un rose tendre…. L’idée d’en lécher le moindre centimètre carré me passe par l’esprit en un éclair. En même temps, je sens mon bas-ventre se manifester encore, j’y ressens un pincement poignant. Pour la première fois, aussi, je me sens vaste de l’intérieur, détrempée, comme si mon estomac était dévoré, et que j’enflais du bas, du haut, de partout. J’ai envie de Sébastien, tout de suite.
Il a dû remarquer l’éclat de mes yeux, ma bouche a dû se tordre, je ne sais pas… en tout cas, il se redresse très rapidement, ragaillardi. Dans le même mouvement, je lui saute dessus, toute langue dehors. En deux secondes, il a ouvert la boite récalcitrante, tandis que je le mords à belles dents. Il m’empoigne d’une main et me tient un peu à distance, pour s’enfiler, avec de savants mouvements du pouce et de l’index, un préservatif « extra fin ».
Il roule sur moi, puis glisse ses jambes entre les miennes, en se mettant à me caresser comme un fou, et à me prodiguer mille petits baisers du bout de ses lèvres arrondies en cœur. La tête commence à me tourner. Je ressens sa peau et ses mains, en des milliards de points, très vivement. Il est très chaud. A moi aussi, des bouffées de chaleur m’arrachent des soupirs d’aise.
Instinctivement, je ferme les yeux pour faire face à tant de sensations. Cela a pour conséquence immédiate de me faire perdre toute notion d’envers et d’endroit, mais impossible de les rouvrir. Vagin et clitoris paraissent avoir doublé de volume, jaillissant de mon corps, un peu douloureux…
Alors que je sens son membre, chaud et rugueux, se frayer un chemin entre mes cuisses ouvertes, relevant un de mes genoux – lequel ? – la peur me saisit à nouveau. Je me redresse d’un coude, l’autre main à plat sur son torse pour le repousser.
-Ca va me faire mal ? Ca vaut le coup ?
Il pousse un petit râle, comme si une vanne s’était ouverte quelque part en lui, dans sa tête, je ne sais pas où. Il pose son front entre mes deux seins, et reste ainsi quelques secondes, un peu essoufflé. Il me répond, de tout là-bas, la voix vraiment lointaine, avec dedans autant de patience et de gentillesse qu’il a pu en rassembler dans ses émotions éparses.
-Je crois que oui, mon amour… la première fois peut être douloureuse, si tu est crispée… tu dois te laisser aller… parce que ça vaut le coup, je te le promets… tu n’aimes pas là ?
Il a redressé la tête, et me regarde dans les yeux.
-Oui, c’est super… que je me laisse aller ?
-Ben oui, que tu n’y penses pas… pour l’instant…
Il montre son sexe d’une main, dans un mouvement gêné par sa position.
« Ne pense qu’aux sensations. Moi, tu me fais furieusement b
-Mais ça va me surprendre ! Je vais le sentir non ?
-C’est un peu le principe tu sais. Tu es bien excitée là, je crois qu’il n’y a pas de raison que ça te fasse mal.
-Alors je te fais confiance ? Doucement ?
-Je ne comptais pas faire autrement.
Il me saisit plus fermement par la taille, et reprends caresses et baisers.
-Si je te le demande, tu arrêtes, hein ?
Il relâche son étreinte au bord du désespoir, et s’écarte un peu de moi pour me regarder avec distance. Je me rends compte que le contact de son bras large, de ses mains dures, manque déjà à la peau de mes flancs. La simple vision de ses doigts distraitement, très distraitement posés sur moi, me plonge dans un ravissement des plus agréables.
L’instant d’après, je me demande pourquoi il me regarde comme ça, ayant moi-même oublié ma précédente question. Je me redresse contre lui, pour forcer le contact de nos épidermes. La température, dans la chambre, dans l’appartement tout entier, mais surtout à mes joues, mes cuisses, mes seins, mon dos, grimpe brutalement jusqu’à la touffeur tropicale.
J’entends Seb hoqueter de plaisir, le frisson qui le parcourt se propage en moi comme une décharge.
Pendant les heures qui suivent, pas une pensée ne me vient à l’esprit.